Résidence · 17 sept. 2026 · 14 min

Le visa non lucratif en 2026 : les vrais chiffres de revenus, la paperasse et les erreurs qui coulent les dossiers

Olga Caballero & Co. Olga Caballero & Co.Cabinet juridique · Tenerife et Fuerteventura

Chaque automne, la même conversation se répète à nos bureaux de Costa Adeje et de Corralejo. Un couple de Manchester ou de Munich a fait l’arithmétique de la règle des 90/180 et l’a perdue : les hivers qu’il veut sont plus longs que les jours que Schengen lui accorde. Il ne veut pas travailler ici, il a une pension, des économies ou un loyer chez lui, et il a lu une douzaine de sites qui citent une douzaine de chiffres différents. Le visa qu’il décrit est la résidence non lucrative — la voie la plus ancienne et, pour ceux qui vivent de leurs propres moyens, la plus naturelle pour s’installer en Espagne. En 2026, elle relève d’un règlement nouveau, avec des chiffres qui n’ont pas bougé depuis quatre ans et un catalogue de pièges qui, lui, a changé.

Cet article donne les vrais chiffres, les documents que le consulat et le bureau des étrangers réclament réellement, le chemin de la première année à la résidence permanente, et les erreurs que nous voyons le plus souvent dans les dossiers qui arrivent sur notre bureau après un refus. C’est le complément de notre panorama sur le NIE, la résidence et les voies qui restent, et c’est la voie que beaucoup d’investisseurs regardent maintenant que le golden visa est fermé aux nouvelles demandes.

Ce qu’est le visa — et ce qu’il n’est pas

Le texte qui le régit est le règlement sur les étrangers approuvé par le décret royal 1155/2024, en vigueur depuis le 20 mai 2025. Son article 61 définit la situation en une phrase : l’étranger, et sa famille, autorisés à résider en Espagne sans exercer d’activité salariée ou professionnelle. Trois conséquences découlent de cette phrase, et chacune décide de dossiers.

Première : ce n’est pas un permis de travail. Ni pour le demandeur, ni pour les membres de la famille admis avec lui — le règlement leur étend expressément la condition « sans exercer d’activité salariée ou professionnelle ». Les consulats le disent en toutes lettres sur leurs propres pages. Deuxième : le visa ne se soucie pas de l’origine de votre argent, seulement de son existence et de sa continuité : pensions, loyers, dividendes, économies, vente d’une entreprise. Troisième : l’activité que vous ne pouvez pas exercer se définit par ce que vous faites, pas par l’endroit où se trouve votre client. Télétravailler depuis une terrasse de Fuerteventura pour un employeur de Leeds est une activité salariée, et le règlement a un autre visa pour ce cas — la voie du nomade numérique, à laquelle nous consacrons un article ce mois-ci.

L’autorisation initiale dure un an (article 61.4). Elle est renouvelée pour deux ans, puis deux ans de plus, et à cinq ans de résidence légale s’ouvre la porte de la résidence de longue durée. Ce rythme « 1 + 2 + 2 » est le squelette de tout ce qui suit.

L’argent en 2026 : les vrais chiffres

Le règlement ne cite aucun montant en euros. L’article 62 fixe l’exigence comme un multiple de l’IPREM, l’indicateur public de revenus que l’Espagne utilise pour ses prestations et ses seuils : mensuellement, 400 % de l’IPREM pour le demandeur, et mensuellement, 100 % de l’IPREM pour chaque membre de la famille à charge, en plus. Ces chiffres sont des minima, mesurés « au moment de la demande de visa ou du renouvellement ».

L’IPREM est fixé chaque année par la loi de finances de l’État. La dernière loi de finances adoptée par l’Espagne est celle de 2023 — la loi 31/2022, dont la quatre-vingt-dixième disposition additionnelle a fixé l’indicateur à 20 euros par jour, 600 euros par mois et 7 200 euros par an — et, faute de nouveau budget adopté depuis, cette loi est reconduite d’année en année en vertu de l’article 134.4 de la Constitution. Le ministère des Finances présente 2026 comme une année de budget reconduit de plus, et à la date de publication aucune nouvelle loi de finances n’a été votée. L’IPREM 2026 reste donc à 600 euros par mois, et les chiffres du visa sont :

  • Demandeur : 2 400 € par mois, soit 28 800 € pour la première année.
  • Chaque membre de la famille : 600 € par mois de plus, 7 200 € par an.
  • Un couple : 3 000 € par mois, 36 000 € par an. Un couple avec deux enfants : 4 200 € par mois, 50 400 € par an.

L’article 62.2 ajoute la règle que la plupart des demandeurs manquent : le total doit couvrir le montant mensuel rapporté à la durée de validité de l’autorisation demandée. Pour la première année, cela fait douze mensualités. Pour un renouvellement de deux ans, la même arithmétique donne vingt-quatre mensualités — 57 600 € pour un demandeur seul —, sauf si, comme l’article le permet, vous prouvez une source de revenus périodiques d’au moins le montant mensuel au lieu d’un capital. Une pension de 2 400 € par mois satisfait la règle à elle seule ; des économies doivent être démontrées pour toute la période.

La manière de le prouver est écrite à l’article 62.3, plus précis que l’ancien règlement. Tout moyen de preuve admis en droit est accepté, y compris les titres de propriété, les chèques certifiés et les cartes de crédit accompagnées d’une attestation bancaire du crédit disponible. Si l’argent se trouve sur des comptes ou des instruments financiers à l’étranger, les relevés doivent indiquer le nom complet et l’adresse de la banque, l’identification complète des comptes, leurs dates d’ouverture (ou de clôture), le solde au 31 décembre de l’année précédant la demande et le solde moyen de la dernière année. Si les moyens proviennent de parts dans une société établie en Espagne, la société certifie — et vous déclarez — que vous n’y exercez aucune activité. Les consulats ajoutent leur propre couche : des relevés originaux et tamponnés, légalisés ou apostillés lorsqu’ils viennent de l’étranger, avec traduction assermentée en espagnol.

Le reste du dossier : assurance, casier, santé, passeport

L’article 61.2 énumère les conditions spécifiques et l’article 38 les conditions générales de tout visa de résidence. Ensemble, ils produisent les documents que tout consulat demande.

  • Assurance maladie (article 61.2.b). Le règlement dit seulement « une assurance maladie ». La pratique consulaire est plus stricte et constante : une police publique ou privée auprès d’un assureur autorisé à opérer en Espagne, couvrant les risques que couvre le système public espagnol, pour toute l’année. Beaucoup de consulats excluent expressément les assurances voyage et les polices avec franchises ou délais de carence — lisez la liste de votre consulat —, de sorte que le choix sûr est une police privée complète souscrite pour le visa.
  • Casier judiciaire (articles 38.e et 61.2.d). Un extrait de chaque pays où vous avez vécu au cours des cinq dernières années, pour des infractions qui existent en droit espagnol, légalisé ou apostillé et traduit par un traducteur assermenté ; les consulats le veulent récent — trois mois dans certains postes, six dans d’autres. En Espagne, le bureau des étrangers obtient lui-même le casier espagnol et un rapport de police, sous sept jours ; une mention n’est pas un refus automatique, le bureau l’apprécie au cas par cas (article 63.3).
  • Certificat médical (article 38.i). Il doit attester que vous ne souffrez d’aucune des maladies aux conséquences graves pour la santé publique au sens du Règlement sanitaire international de 2005 — les consulats publient la phrase exacte et le veulent daté de moins de trois mois.
  • Passeport valable encore au moins un an (article 38.d), le formulaire de demande, les taxes (la taxe consulaire du visa et la taxe de résidence, formulaire 790 code 052) et ne pas se trouver en Espagne en situation irrégulière au moment de la demande (article 38.b).

Ce dernier point est le cœur procédural de la voie. La demande se dépose au consulat espagnol du lieu où vous résidez légalement, et c’est la demande de visa qui emporte avec elle la demande de résidence (articles 39.1 et 63.1). Il n’existe aucun moyen de la présenter depuis l’Espagne après une entrée comme touriste.

La procédure et ses horloges

Le dossier se partage entre deux autorités. Le consulat examine l’argent et l’assurance ; le bureau des étrangers de la province où vous vivrez examine le reste — l’absence d’engagement de retour volontaire, les rapports pénaux et policiers, la taxe (articles 39.2, 39.3 et 63.2). Le bureau doit statuer dans le mois suivant la réception de la communication du consulat, et le silence pendant ce mois vaut refus (article 63.4). Sur décision favorable, le consulat dispose d’un mois pour délivrer le visa, qui incorpore l’autorisation de résidence (article 39.5). Les consulats indiquent un délai légal global de deux mois pour leur décision.

Ensuite, les horloges changent de mains. Vous entrez en Espagne avec le visa et, dans le mois suivant l’entrée, vous demandez en personne la carte d’identité d’étranger, la TIE (article 63.5). La carte est ce que vous montrerez pendant un an ; le visa est ce qui vous a amené ici.

Le renouvellement : la règle des 183 jours et le 2 + 2

Le renouvellement est là où le règlement de 2025 a le plus changé, et là où la plupart des dossiers que nous réparons ont dérapé. L’article 64 fixe les règles.

Quand. Déposez la demande au bureau des étrangers pendant les deux mois précédant l’expiration de votre autorisation. Un dépôt dans cette fenêtre prolonge l’ancienne autorisation jusqu’à la décision. Un dépôt jusqu’à trois mois après l’expiration la prolonge aussi et est aussi instruit — mais il ouvre une procédure de sanction pour l’infraction mineure de l’article 52.b de la loi sur les étrangers ; la fenêtre tardive est donc un filet de sécurité, pas un plan.

Quoi. Le même argent, mesuré désormais sur la période de deux ans accordée, ou les mêmes revenus périodiques ; la même assurance, maintenue sans interruption pendant l’année qui s’achève ; la scolarisation de tout enfant à charge en âge de scolarité obligatoire, prouvée par un rapport de l’autorité éducative régionale — sans lui, le bureau donne un mois pour scolariser puis refuse ; la taxe ; et, nouveauté du texte de 2025, plus de 183 jours de résidence réelle et effective en Espagne pendant l’année civile (article 64.2.f). Le bureau examine aussi, d’office, le respect des obligations fiscales et de sécurité sociale pendant l’année et, lorsqu’une condition manque, un rapport d’intégration de la région qui peut recommander le renouvellement.

Combien de temps. Le bureau statue dans les trois mois, et ici le silence joue en votre faveur : un renouvellement sans réponse est réputé accordé (article 64.8). L’autorisation renouvelée dure deux ans (article 64.7), la TIE se demande dans le mois suivant la notification, et le second renouvellement répète le cycle. Cinq ans de résidence légale et continue — avec des absences d’au plus six mois consécutifs et dix mois au total — ouvrent la résidence de longue durée de l’article 176.

Les 183 jours méritent une phrase de plus. Ce sont les mêmes 183 jours qui, en termes généraux, font de vous un résident fiscal en Espagne, avec les revenus mondiaux déclarés ici et les questions d’impôt sur la fortune qui suivent. Une résidence non lucrative est, par nature, la décision de vivre ici — et le volet fiscal de cette décision doit être planifié avant que le visa ne soit apposé, pas après le premier renouvellement.

La famille

L’article 61.3 définit qui vient avec vous : le conjoint, le partenaire enregistré ou le partenaire stable avec au moins un an de vie commune prouvée (moins s’il y a des enfants communs) ; les enfants mineurs non mariés de l’un ou de l’autre ; et les enfants majeurs atteints d’un handicap ou d’un état de santé qui les rend dépendants. Chacun ajoute 600 € par mois au dossier, chacun a besoin de la même assurance, du même casier et du même certificat médical, et chacun reçoit une autorisation aux mêmes conditions — c’est-à-dire avec la même interdiction de travailler. Les membres de la famille qui voudraient travailler en Espagne sont souvent mieux placés par un regroupement familial ultérieur, où le règlement (article 65.2) permet au conjoint et aux enfants regroupés de travailler sans aucune démarche supplémentaire.

Les erreurs qui coulent les dossiers

  1. Compter l’argent par an, et non par mois et par personne. 28 800 € sur le compte ne sont pas le critère s’ils sont partagés avec un conjoint qui a lui aussi besoin de 7 200 € ; et 2 400 € de revenus par mois ne sont pas le critère s’il s’agit du total de la famille.
  2. Des économies apparues le mois dernier. L’article 62.3 demande le solde au 31 décembre de l’année précédente et la moyenne de la dernière année. Un virement fait pour habiller le dossier se voit dans les deux chiffres.
  3. La mauvaise police. Une assurance voyage, une carte européenne d’assurance maladie ou une police avec franchises est la cause individuelle la plus fréquente de refus consulaire.
  4. Un casier périmé ou nu. Plus ancien que ne l’admet le consulat, sans apostille ou sans traduction assermentée — chacun de ces défauts est un refus ou une suspension du dossier.
  5. Demander depuis l’Espagne. Une entrée comme touriste n’est pas une résidence légale depuis laquelle ce visa peut être demandé. Le consulat de votre résidence est la seule porte.
  6. Travailler « en silence ». Le télétravail pour un client étranger est une activité salariée. Il met en péril le renouvellement et laisse une trace dans le dossier. Le visa de nomade numérique existe exactement pour ce cas.
  7. Vivre surtout à l’étranger. Moins de 184 jours en Espagne dans l’année civile est désormais, à lui seul, un motif de refus du renouvellement.
  8. Oublier le mois. Un mois pour demander la TIE après l’entrée ; un mois après la notification du renouvellement.
  9. Manquer la fenêtre de renouvellement. Deux mois avant l’expiration. Les trois mois qui suivent sont une procédure de sanction avec un filet de sécurité attaché.
  10. Ignorer la conséquence fiscale. La résidence que vous demandez fait de vous un résident fiscal espagnol. Planifiez-la avec votre conseiller avant le rendez-vous au consulat.

Le visa non lucratif n’est pas un visa pour les riches. C’est un visa pour ceux dont l’argent arrive sans qu’ils travaillent — et le dossier doit le montrer, mois après mois, avant et après le tampon.

Notre équipe résidence et immigration prépare le dossier avec la liste de votre consulat, planifie le calendrier des renouvellements dès le premier jour et coordonne le volet fiscal avec votre conseiller — dites-nous où vous vivez et quand vous voulez déménager.

Questions fréquentes

De combien d’argent ai-je besoin pour le visa non lucratif en 2026 ?

Quatre cents pour cent de l’IPREM par mois pour le demandeur et cent pour cent pour chaque membre de la famille. L’IPREM restant à 600 euros par mois sous la loi de finances 2023 reconduite, cela fait 2 400 € par mois — 28 800 € pour la première année — plus 600 € par mois pour chaque personne à charge. Ces montants sont des minima et sont vérifiés à nouveau à chaque renouvellement, sur la période accordée.

Puis-je télétravailler pour une entreprise hors d’Espagne avec ce visa ?

Non. L’autorisation est définie comme une résidence sans activité salariée ou professionnelle, et cela couvre le travail effectué depuis l’Espagne pour un employeur ou des clients étrangers. La voie pour les télétravailleurs est le visa de nomade numérique, avec son propre test de revenus et son propre régime fiscal.

Puis-je faire la demande depuis l’Espagne pendant que j’y suis comme touriste ?

Non. Le visa se demande au consulat espagnol du lieu où vous résidez légalement, et la demande de visa emporte avec elle la demande de résidence. Se trouver en Espagne en situation irrégulière, ou en court séjour, n’est pas une base pour cette procédure.

Combien de temps dure le visa et comment se renouvelle-t-il ?

L’autorisation initiale dure un an. Elle est renouvelée pour deux ans, puis pour deux ans de plus, par une demande au bureau des étrangers dans les deux mois précédant chaque expiration, avec les mêmes moyens et la même assurance, la scolarisation des enfants et plus de 183 jours de résidence réelle en Espagne dans l’année civile. Après cinq ans de résidence légale continue, vous pouvez demander la résidence de longue durée.

Le visa non lucratif fait-il de moi un résident fiscal en Espagne ?

Vivre en Espagne plus de 183 jours dans une année civile — ce que le renouvellement exige désormais — fait de vous un résident fiscal en termes généraux, avec les revenus mondiaux imposés ici. Ce n’est pas le visa lui-même qui en décide ; ce sont vos jours et vos attaches. Cela doit être planifié avec un conseiller fiscal avant de déposer la demande.

Cet article est une information générale sur le droit espagnol des étrangers tel qu’il est à la date de publication, et non un conseil juridique pour votre situation particulière. L’IPREM change lorsqu’une nouvelle loi de finances est votée et les listes de documents varient d’un consulat à l’autre — faites vérifier votre dossier au regard de la liste en vigueur de votre consulat avant de le déposer.

Cette note est une information générale, pas un conseil juridique. Pour votre situation concrète, faites-vous conseiller par un professionnel.

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